10 conseils pour faire la différence après la fac

Accompagner et donner des conseils aux juristes est au cœur de l’activité de notre invité du jour : Alexis Deborde.

Il est, en effet, fondateur de Leganov dont la mission est de conseiller, former et sensibiliser les professionnels du droit aux nouveaux enjeux liés à la transformation de leurs métiers. Avant Leganov, il a pu exercer des missions similaires pour Centdegrés ou Hercule. Juriste innovant et entreprenant, il a également co-fondé Legalstorm – la Legaltech des professionnels du droit.

L’équipe d’Anomia ne pouvait que s’adresser à Alexis pour conseiller les futurs avocats !

Cher lecteur,

Si tu lis cet article pour te conforter dans l’idée que tu auras une carrière explosive en décrochant un prestigieux Master, un MS dans une fameuse école de commerce, des LLM obtenus aux quatre coins du monde, ou un score de 900 ou plus au TOEIC et en cumulant 2 ans de stage pour décrocher le poste de tes rêves, tu vas être déçu…

Avant de commencer, j’aimerais lever une ambigüité : on ne demande pas à un jeune diplômé d’être prêt pour le monde professionnel. D’ailleurs, comment pourrait-il l’être à l’heure où les professionnels du droit eux-mêmes sont souvent désemparés par les changements profonds que connaissent leurs métiers et leurs pratiques ? En revanche, il est de leur responsabilité de se préparer à y faire face dès leurs premières années d’étude. C’est l’objet de ces 10 conseils qui, je l’espère, vous donneront quelques réflexes pour vous aider à vous différencier et tirer le meilleur de votre futur environnement professionnel.

1 – Soyez curieux

Sortez de votre BU, de vos amphis, de vos fiches de TD ! Faites des expériences ! Intéressez-vous à des sujets saugrenus ! Interviewez des personnalités inspirantes ! Éprouvez des situations et des méthodologies qui n’ont rien à voir avec le droit ! Allez à des soirées où vous ne connaissez personne !

Au-delà de ces injonctions, il s’agit bien de travailler votre flexibilité mentale, de sortir de votre zone de confort et d’analyser ou d’expérimenter des réalités parfois aux antipodes de ce que les bancs de la fac ont à vous offrir. Il s’agit aussi de travailler votre confiance en vous et de vous surprendre !

Demain, lorsque vous serez un professionnel du droit, vous devrez travailler avec des ingénieurs, des dirigeants, des justiciables, parfois désespérés… Comment pourrez-vous les écouter véritablement si vous n’êtes jamais sorti des sentiers juridiques ? Comment pourrez-vous comprendre leurs motivations, leur détresse ou leurs ambitions, si vous ne vous êtes jamais exercés à analyser et à vivre des situations au-delà du droit ?

2 – Ne vous prenez pas au sérieux

Vous êtes en passé en L2 et vous êtes persuadé d’être le futur Harvey Specter... Vraiment ?

Sortez de vos postures, elles vont vous rendre malheureux ! Vous ne connaissez rien de ce qui vous attend et vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Votre vie a peu de chance de ressembler à 5 ans de droit, un examen, un titre puis la fortune et la reconnaissance éternelle.

Restez humble, amusez-vous et faites de votre mieux pour apprendre et construire un parcours universitaire et "expérientiel" qui vous ressemble, jour après jour. C’est le meilleur moyen de chasser vos fausses certitudes, d’éviter les frustrations et d’être bien dans vos pompes pendant et après vos études en droit !

Méfiez-vous, c’est contagieux et vous risquez de rendre les gens heureux autour de vous et d’inspirer vos amis de promo !

3 – Réalisez des projets avec des non-juristes

C’est très bien d’organiser des concours de plaidoiries, des conférences ou des soirées d’étudiants en droit… Mais non, un étudiant en bio ne sent pas mauvais ! Oui, tu peux tout à fait participer à un projet associatif ou entrepreneurial qui n’a rien à voir avec le droit et ta vie d’étudiant. C’est même préconisé pour faire ses armes, se mesurer à la réalité d’un projet, de l’idée jusqu’à son accomplissement.

Tirez le meilleur de ces expériences, apprenez à travailler en équipe, analysez la manière dont chacun procède, découvrez vos points forts et vos points faibles, échouez et tirez-en des conclusions positives, recommencez…

Sans même vous en rendre compte, ces expériences seront le début de votre vie professionnelle !

4 – Engagez-vous et prenez des risques

Vous craignez de ne pas avoir le temps ? De faire des erreurs ? D’échouer d’avoir une tâche sur votre CV ?

Rassurez-vous ! Ces doutes et ces questionnements vous suivront toute votre vie. Sauf qu’étudiant, vous n’avez encore rien à perdre et personne ne se souviendra de vos faux pas, de vos maladresses ou de vos échecs.

Alors aucune excuse, OSEZ ! Prenez des engagements que vous n’êtes pas certain de pouvoir tenir pour challenger votre productivité et innover ! Affirmez vos désaccords ! Changez d’avis ! Faites tout pour que vos rêves et vos paris les plus fous deviennent des réalités.

La filière juridique est aujourd’hui bousculée, par les justiciables, par l’économie de marché et le numérique, obligeant les professionnels à réinventer leurs pratiques, leurs usages, leur rôle social et, plus généralement, leur quotidien. Autant vous habituer dès aujourd’hui à avoir le courage de confronter vos convictions à la réalité, sans attendre d’être pris au dépourvu lorsque cela sera trop tard !

5 – Gardez un regard critique sur l’enseignement du droit

Vous êtes dubitatif devant un professeur de droit qui récite en vocalise (et parfois encore vêtu d’une toge !) un cours, des proverbes latins et des jurisprudences vieilles comme le monde ? Rassurez-vous, vous avez probablement raison !

L’enseignement du droit ne doit plus relever d’un folklore qui masque des réalités plus profondes. Il ne doit plus être un apprentissage juridico-centré qui oublie que sa vocation première : un outil pour analyser des réalités infiniment plus complexes afin d’organiser et réguler des relations humaines.

Dans un monde en pleine mutation qui intensifie la complexité et l’imprévisibilité, le droit doit être challengé en permanence pour s’adapter au plus grand nombre de situations. En tant que futur professionnel de ce secteur, vous devrez faire preuve de créativité et ne jamais rien tenir pour acquis si vous voulez rester indispensable et jouer pleinement votre rôle d’acteur économique et social.

Attention, je ne dis pas que maîtriser sur le bout des doigts les concepts juridiques est inutile ! Simplement, que quel que soit votre domaine de prédilection, vous devez le confronter à l’infinie diversité des réalités pratiques et savoir, parfois, faire preuve d’humilité et de créativité pour organiser à votre avantage les nombreux flous et vides juridiques.

6 – Arrêtez de croire aux mythes

Faire sa Licence à Paris II, c’est indispensable pour avoir un Master 1 là-bas ! Sans mention, tu ne seras jamais sélectionné dans le super Master du Professeur XXX ! Si tu ne fais pas le Master 2 de XXX, tu ne pourras jamais débuter ta carrière dans un grand cabinet américain ? Sans stage dans un grand cabinet, tu n’auras jamais de première collaboration...

A la fac de droit, on construit des mythes qui standardisent les parcours, brident les meilleurs étudiants à exprimer leur potentiel et censurent les moins bons dans leurs ambitions. N’écoutez que d’une oreille ces légendes qui sont avant tout faites pour rassurer ceux qui manquent de confiance en eux ou anéantir le moral de tous les autres. Pensez autrement, de manière stratégique et sans vous dire « ça n’est pas fait pour moi » avant d’avoir essayé. Posez-vous les bonnes questions : quels sont mes objectifs ? De quoi ai-je besoin pour les atteindre ? Qu’est-ce qui me permettrait de démontrer mes capacités de manière originale ? Comment vais-je pouvoir me démarquer des autres au bon moment ? Auprès de qui ? …

Déconstruire ces mythes de la fac de droit, c’est déjà vous préparer à déconstruire ceux de votre début de carrière, dans laquelle, si par exemple, vous souhaitez devenir avocat, on vous expliquera très probablement qu’il est quasi impossible de poser sa plaque sans expérience, que la collaboration est une étape obligatoire de 8 ans au moins, que les choses doivent être faites ainsi car votre employeur l’aura appris et appliqué sans discontinuer depuis 20 ans… Autant de nouvelles légendes que vous devrez remettre en question pour réussir ou tout simplement pour vous épanouir dans votre quotidien !

7 – Intéressez-vous (vraiment) aux acteurs du droit

Vous voulez devenir avocat ? Juriste d’entreprise ? Magistrat ? Huissier de Justice ? Notaire ? Commissaire de police ?

Génial, mais avez-vous déjà assisté à un procès ? Connaissez-vous les différences de pratique ou de culture au sein des cabinets et de la profession d’avocats ? Avez-vous une idée précise du rôle que joue une direction juridique au sein de l’entreprise ? Avez-vous déjà parlé avec un Huissier de son métier au quotidien ?

Le meilleur moyen de connaître une profession est d’aller à sa rencontre et d’en questionner les membres ! Comment ? En écoutant des podcasts où chacun parle de son parcours, en contactant sur LinkedIn des professionnels qui vous semblent inspirants pour leur poser quelques questions, en sollicitant des stages de découverte au sein d'une entreprise, d’un cabinet, d’une institution ou d’une étude…

En bref, allier votre curiosité à un peu de culot pour vaincre votre timidité, comprendre ce qui est fait pour vous et prendre les bonnes décisions pour votre carrière !

8 – Maîtrisez les enjeux de transformation de la filière juridique

Depuis plusieurs années, les professions du droit sont en pleine transformation ! Certains sont effrayés, d’autres y voient de formidables opportunités pour réinventer les métiers du droit et, plus généralement, le rapport que le citoyen entretient avec le droit et à la Justice !

Le problème ? On en parle pas (ou presque) à la fac ! Pourtant vous êtes en première ligne pour participer activement à cette transformation, dès maintenant à la fac et dans les premières années de votre carrière.

Alors ne perdez pas une seconde ! Intéressez-vous à la Legaltech, aux nouveaux modèles économiques des acteurs du droit, à ceux qui innovent, aux intérêts du justiciable sur le marché du droit, au legal design ou encore à la blockchain et à l’Intelligence artificielle !

Ces connaissances acquises vous aideront à repousser les frontières du droit, à réinventer vos pratiques, l’organisation dans laquelle vous travaillerez et plus généralement les métiers du droit dans leur ensemble !

Convaincus (ou besoin d’être convaincus) par ce 8e conseil, n’hésitez pas à lire aussi l’article de Julie, la juriste 2.0.

9 – Apprenez à vous vendre (vraiment)

Vous avez synthétisé votre parcours dans votre CV sous word, créé votre compte LinkedIn, ajouté vous amis de promo et répondu aux offres de stage en ligne et vous être convaincu que ça sera suffisant pour décrocher un stage ?

Soyez plus malin et posez-vous quelques questions pour vous démarquer : savez-vous précisément ce que vous cherchez ? Avez-vous présenter votre CV et votre profil LinkedIn pour démontrer la réalité des qualités que vous souhaitez mettre en avant ? Avez-vous réfléchi à la lettre de motivation ou au message d’accroche que vous allez adresser à vos cibles ? Est-ce que vous êtes clairement capable d’expliquer les raisons pour lesquelles vous adressez votre demande à votre interlocuteur ? Avec quels objectifs ? Quelles attentes ?

En bref, mettez tous les chances de votre côté, ayez confiance en vous et persévérer en vous remettant en permanence en question si vous n’avez pas les réponses espérées.

10 – Entreprendre !

Si vous déjà suivi les 9 premiers conseils alors vous avez l’état d’esprit d’un entrepreneur du droit !

Cela ne veut pas dire que vous allez créer votre cabinet ou une start-up pendant ou à la fin de vos études, mais que vous savez vous fixer des objectifs, que vous avez le courage de prendre des décisions et la résilience indispensable pour vous adapter et réussir dans l’environnement qui vous attend !

A vous de garder ces réflexes en tête pour surprendre vos patrons, vos collaborateurs, vos clients, pour inventer de nouveaux usages et outils ou tout simplement pour créer un cabinet et une pratique qui vous ressemblent !

Enfin, n’oubliez pas ! L’échec n’est pas une fatalité. Il fait partie de presque toutes les grandes carrières ! Parlez-en, tirez-en les conséquences et apprenez à vous remettre en question pour éviter de reproduire les mêmes erreurs !

Valentin Tonti Bernard

Valentin Tonti Bernard

Paris