Des pièces montées au montage fiscal !

Denis Bykov est diplômé d’un Master 2 Droit de l’entreprise et des affaires — DJCE qu’il a obtenu à la Faculté de Droit, Sciences économiques et Gestion de Nancy.

Aujourd’hui, il est Conseil fiscal chez Loyens & Loeff Luxembourg. Pourtant, inscrit en CAP pâtisserie à l’âge de 15 ans, rien ne le prédestinait à des études et une carrière dans le domaine du droit. La curiosité aiguisée par un parcours méritant et atypique, l’équipe d’Anomia a voulu l’interroger pour comprendre les secrets de sa réussite.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis né en Ukraine et je suis arrivé en France, dans un petit village d’Alsace, à l’âge de 9 ans.

Après le collège, j’ai fait un CAP de 2 ans en pâtisserie. En tant qu’apprenti, on est amené à travailler 3 semaines sur 4 en entreprise et passer la dernière semaine au centre de formation. Cette expérience m’a fait découvrir le monde du travail, la joie de commencer la journée avec des croissants fraîchement cuits et les semaines de 50h pour 300 € par mois…

Après l’obtention du CAP, j’ai donc décidé de poursuivre mes études. Aucun lycée de Colmar ne m’avait accepté du fait de mes notes et remarques du collège. Seul le lycée professionnel privé Saint-Jean m’a laissé une chance. Après trois ans, j’ai obtenu mon bac pro et ignorant les recommandations de mes professeurs, je me suis orienté vers des études universitaires.

J’ai donc passé 1 an en Licence AES à Mulhouse. Mes matières préférées étant le droit et l’économie, j’ai décidé de me réorienter une nouvelle fois. Hésitant entre ces deux domaines, j’ai découvert par hasard l’existence d’une double Licence en droit et économie à Nancy.

Après la Licence, je me suis orienté vers un Master en droit des affaires et obtenu le diplôme du Master 2 Droit de l’entreprise et des affaires — DJCE de Nancy.

Réussir à passer d’un « CAP pâtisserie » à des études de droit n’est pas donné à tout le monde. Quelles ont été les principales difficultés rencontrées lors de ce changement de voie ?

Ma transition du CAP vers la Double licence a été en quelque sorte lissée par le Bac pro et l’année en AES. La réussite dans ces domaines m’a donné confiance et je me suis senti capable d’aller plus loin.

Je me suis vite rendu compte que dans le domaine du droit, les étudiants issus d’un parcours « plus noble » rencontraient les mêmes difficultés que moi (premiers cas pratiques, dissertations, etc.). La méthodologie des exercices en droit étant nouvelle pour tout le monde, je ne me suis pas senti désavantagé.

En revanche, pour ce qui est du volet « mathématiques » en économie, la transition n’a pas été très aisée. Mon premier partiel de maths a été récompensé par une bulle. Vexé par cette note, j’ai passé pas mal de temps à revoir les bases des maths pour remonter mon niveau, ce qui m’a permis d’obtenir des notes correctes par la suite.

Quels ont été, selon vous, les atouts qui vous ont permis de réussir cette transition ?

Je pense qu’il n’y a pas de solution miracle et unique pour réussir ses études, chacun devra trouver sa méthode personnelle.

Pour ma part, j’ai toujours essayé de me focaliser sur les TD. Si un concept m’échappait, je cherchais dans la doctrine et discutais avec les autres étudiants pour essayer de comprendre.

Par ailleurs, les annales des examens sont souvent négligées, mais c’est vraiment le meilleur moyen pour cadrer ses révisions et ne pas perdre du temps sur des thèmes qui ont peu de chance de tomber aux partiels.

Ressentez-vous l’originalité de votre parcours comme une force ou comme frein au recrutement ?

Aujourd’hui, cette ligne du CAP sur mon CV me permet d’attirer l’attention des recruteurs, ne serait-ce que par curiosité. D’après mes discussions lors des entretiens, cela démontre mon adaptabilité et ma motivation. Je pense que pour tous les CV un peu inhabituels, le plus important est de pouvoir tracer une trame en justifiant ses choix, pour que le recruteur n’ait pas l’impression que les décisions ont été prises au hasard (même si parfois c’est le cas).

Si vous deviez conseiller un étudiant en droit aujourd’hui, que lui donneriez-vous comme astuces pour réussir ?

Essayer de trouver la méthode la plus adaptée pour apprendre (certains apprennent mieux en écoutant, d’autres en lisant, etc.) ;

Essayer de comprendre au lieu d’apprendre (plus facile à dire qu’à faire). Un bon indicateur de compréhension est la capacité de pouvoir expliquer un sujet à quelqu’un qui ne le connaît pas ;

Enfin, essayer de rester humble en partageant avec les autres les concepts que l’on croit avoir compris.

Le parcours atypique de Denis vous inspire, n'hésitez pas à découvrir celui de Matthieu, un cavalier professionnel devenu juriste, dans le podcast LES JURISTES EN HERBE.

Valentin Tonti Bernard

Valentin Tonti Bernard

Paris