"L'avocat doit acquérir de nouvelles compétences"

Julie Serrier est une « baroudeuse » du droit. Après avoir obtenu son Master 2 « Droit de l’entreprise et des affaires –DJCE » à la Faculté de Droit, Sciences économiques et Gestion de Nancy, elle entreprend un Master’s degree « Management & Business Law » à HEC Paris. En parallèle, elle prépare le CAPA à l’EFB Paris et fonde Young Avotech, une association dans le domaine de la legaltech dédiée aux jeunes avocats, qu’elle préside.

Actuellement avocate au Barreau de Paris, Julie continue de promouvoir le droit 2.0 dans le cadre de sa profession. L’équipe d’Anomia a voulu aller à la rencontre d’une juriste qui vit dans l’air du temps.

Pourquoi parle-t-on de juristes 2.0 ?

Cela fait maintenant plusieurs années que l’on parle de « juriste 2.0 ». L’utilisation de cette expression démontre en quelque sorte que le métier de juriste a subi et subit une transformation, et qu’une nouvelle « version » de juriste est disponible avec des compétences supplémentaires.

Les compétences du juriste 2.0 sont bien entendues corrélées aux enjeux posés par la transformation digitale du droit. Il doit ainsi être capable d’identifier, d’analyser et de proposer au sein de l’environnement dans lequel il évolue des applications digitales. Le juriste 2.0 devient plus opérationnel dans le sens où il doit aider à la prise de décision quant au choix des outils à utiliser ou dans le développement des processus à mettre en place au sein de l’organisation dans laquelle il évolue.

Par ailleurs, selon moi, au-delà des compétences techniques et théoriques relatives au digital, le juriste 2.0 doit développer ses « soft skills » c’est-à-dire sa curiosité, son envie, et ses facultés de communication afin d’être à même d’interagir avec tout type d’interlocuteur.

En somme le juriste 2.0 est « augmenté » en ce sens qu’au-delà de ses compétences classiques juridiques, il a su développer des compétences digitales qu’il met au service de l’environnement auquel il appartient.

Quelles sont donc, selon toi, les nouvelles compétences que doivent acquérir aujourd’hui les juristes dans les facultés de droit ?

Les juristes ne doivent plus uniquement acquérir des compétences juridiques même si celles-ci restent fondamentales. En effet, je pense qu’il reste nécessaire et indispensable d’acquérir de solides bases théoriques. Les compétences pratiques viennent avec le temps et s’acquièrent au cours des expériences associatives et professionnelles. La sensibilité au numérique et aux enjeux posés par la transformation digitale du droit viennent avec la curiosité et la confrontation à l’exercice effectif du droit. Ainsi, il ne faut pas hésiter à se renseigner par soi-même en assistant à des colloques ou à des conférences, à lire les différentes publications sur le sujet et à s’intéresser à la digitalisation du droit par le biais d’activités annexes aux études. Pour les plus passionnés, des diplômes universitaires ou des associations permettent de développer plus en profondeur ces nouvelles compétences.

Les étudiants en droit doivent ainsi se familiariser avec les nouveaux outils, découvrir les usages de la legaltech mais également comprendre les problématiques juridiques qui en découlent (par exemple, en matière de protection des données personnelles, de sécurité des systèmes informatiques, de fonctionnement des outils et des algorithmes qui sont utilisés, etc.).

Comment peuvent-ils acquérir ces compétences ?

Ces compétences peuvent s’acquérir de différentes manières :

- dans le cadre de diplômes universitaires spécialisés comme le DU Transformation Digitale du droit et legaltech de Paris II, dans lequel intervient Stéphane Baller, ou le DU juriste 2.0 de l’université de Reims ;

- ou encore dans le cadre des programmes mis en place dans les écoles d’avocat. Citons pour exemple le Lab « Créé ton Cab » à Lille, l’Hackathon à Strasbourg ou le Lab EFB à Paris où les étudiants après avoir suivi des cours en e-learning travaillent en équipe sur des sujets spécifiques relatifs à la transformation digitale du droit tels que le legal design, l’intelligence artificielle, la blockchain, etc.

Pour ceux qui voudraient lire sur le sujet, je ne peux que les encourager à découvrir les ouvrages de Richard Susskind, en particulier le livre Tomorrow’s Lawyers, An introduction to your future publié aux presses Oxford. Cette publication permet de comprendre les changements qui s’opèrent dans le marché juridique, ainsi que les perspectives et applications futures offertes par la transformation digitale du droit et donne des pistes aux jeunes juristes qui arrivent sur le marché du travail.

Quelle sera la plus-value d’un juriste qui disposera de ces compétences ?

Un juriste qui disposera de ces compétences verra sans aucun doute son taux d’employabilité augmenter et ce, quelle que soit sa spécialité. Il répondra également mieux aux attentes des entreprises, cabinets d’avocats, etc. tout en se voyant offrir la possibilité d’avoir accès à des nouveaux métiers.

Les perspectives offertes au sein des legaltechs par exemple sont nombreuses et permettent d’évoluer dans un environnement juridique sans pour autant ne faire que du droit. Ainsi les fonctions marketing, communication, commerciale, conception produits, etc. recrutent des juristes pour leur connaissance du marché du droit et permettent d’exercer différemment son métier.

Il ne faut toutefois pas négliger la phase d’apprentissage des fondamentaux du droit. La maîtrise du numérique doit être une compétence supplémentaire du juriste sans qu’elle ne prenne le pas sur ces derniers. En effet, un juriste 2.0 reste avant toute chose un juriste.

Dès lors, quels seraient les conseils que tu aimerais donner à des étudiants en Droit par rapport à la digitalisation du droit ?

Le premier conseil face à la transformation digitale du droit est d’avoir de la curiosité et de l’envie. De prime abord, il n’est pas évident de s’intéresser à ces questions et de les comprendre. C’est pourquoi, il est nécessaire d’être acteur de ses études, et de dépasser le seul suivi des cours en amphithéâtre. Une bonne organisation dans le cadre de ses études permet de se dégager suffisamment de temps pour travailler sur des projets annexes (cliniques juridiques, activités associatives, …).

Il ne faut pas négliger les stages et les expériences professionnelles qui permettent de confronter des envies à la réalité du métier. Pour moi, il n’y a pas d’âge. Ainsi, je recommande à tous, et ce, dès le début des études de droit d’aller à la rencontre des professionnels même si c’est pour de courtes périodes durant les vacances universitaires. Pour obtenir un stage, rien de mieux que de préparer ses CV lors des forums de métiers ou de recrutements organisés au sein des facultés. Il faut également en parler autour de soi et pourquoi pas contacter directement des professionnels sur LinkedIn en leur exposant rapidement ses motivations.

Découvrez d'autres témoignages de "juristes 2.0" sur Anomia, comme celui de Guillaume Aksil, fondateur de la Legaltech E-divorce, ou de Lorraine, ancienne étudiante du DU Droit et Technologies du Numérique de l'Université Paris 2 - Panthéon Assas.

Valentin Tonti Bernard

Valentin Tonti Bernard

Paris